Accueil du portail Zicazic.com


Zicazic on Twitter. Zicazic on Facebook.

Flux RSS ZICAZINE

Qu'est-ce que c'est ?




Accueil arrow WALTER TROUT

> MENU
 Accueil
 ----------------
 Chroniques CD's
 Concerts
 Interviews
 Dossiers
 ----------------

WALTER TROUT pdf print E-mail
Ecrit par Yann Charles  
lundi, 23 avril 2012
 

WALTER TROUT

http://www.waltertrout.com/

Remerciements : Alexx, Olivier Garnier (Replica Promotion)

Walter Trout, un des grands noms du blues et plus précisément du british blues, était en visite à Paris pour la sortie de son nouvel album « Blues For The Modern Daze ». Et bien entendu, après avoir découvert l’album, Zicazic ne pouvait pas laisser passer l'occasion d'aller le rencontrer !

Bonjour Walter, et bienvenue en France
Bonjour, merci beaucoup de m'accueillir.

On va entrer directement dans le vif du sujet, alors que beaucoup de grands artistes de blues se contentent de sortir des « Best Of » ou des « Live remasterisés », vous sortez un nouvel album ! Pourquoi un 21ème album ?
J’aime à penser que la musique et l’art sont toujours un nouveau procédé, et peut être que je suis meilleur qu’il y a ne serait-ce qu’un an, donc j’aime les nouveaux projets, essayer, repousser mes limites, c’est mon 21ème album en 23 ans, je suis peut-être un bourreau de travail !

Et pourquoi ce titre ?
Je voulais faire un album blues, l’écrire en entier, des chansons sur ce que je vois se passer dans le monde, politiquement et économiquement, ce que je vois arriver à mes amis. Je voulais écrire des chansons qui ont quelques choses à dire : une sorte d’album concept sur le monde dans lequel nous vivons. « Blues For The Modern Daze », c'est jeu de mot, « Daze » veut dire « Labyrinthe » mais sonne comme « Days », jours …

Il semble que vous ayez cherché à vous éloigner des morceaux de blues plus lents et classiques, comme sur certains albums. On sent même des petites touches de blues rock bien sudistes. Il me semble que vous jouez un blues plus « teigneux », non ?
C’est difficile à dire, ce que je voulais faire, c’est présenter ma version de ce qu’est le blues. Count Basie disait que le blues pouvait être fait de plusieurs façons mais que ça sera toujours du blues,  et c’est vrai ! Il y a tellement de façons de le jouer : modern, city, country, calme, speed … Je voulais donner ma propre version. Dire si c’est plus teigneux ou pas, je l’ignore, c’est aux auditeurs de me le dire.

On retrouve aussi quelques ballades country blues sur cet album, cela semble indispensable de toujours avoir des morceaux comme ceux là ?
Je veux que mes concerts et mes enregistrements emmènent les auditeurs en voyage. Je voulais que ça ressemble à un grand huit, que ça aille parfois en bas, parfois en haut, donc il était nécessaire d’inclure aussi des moments calmes pour explorer toutes les zones de la musique.

Qu'est ce qui vous inspire pour vos textes ?
J’écris au fond du tour-bus en tournée, 9 mois par an environ. Je regarde par la fenêtre, je lis le journal, je pense à des choses et je commence à mettre mes sentiments sur le papier. Ca peut être quelque chose au travers duquel un ami passe, des histoires d’entreprises aux Etats-Unis, mon amour profond envers ma femme. Ca peut être toutes ces choses, mais ça doit venir de moi et être honnête. Chacune de mes chansons (200 jusqu’à présent) possède une histoire qui lui est propre. Elles veulent toutes dire quelque chose.

Vous utilisez beaucoup le son « slide » sur cet opus, mais aussi pas mal de sonorités presque « metal », en tous cas très « heavy ».  C'est une nouvelle orientation dans votre musique ?
Je n’utilise pas de slide, ce qui sonne comme de la slide est une technique que j’ai développée : j’accorde ma guitare en open tuning, et juste un plaçant mon doigt sur la frette et en le bougeant de haut en bas, en pinçant les cordes de ma main droite d’une certaine façon, j’obtiens ce son qui imite la slide. Ça fait longtemps que je fais ça ! Lors d’un concert où je faisais habituellement de la slide, j’avais oublié le morceau de métal. Alors j’ai utilisé mes doigts pour rendre ce son !

D'ailleurs, on ressent beaucoup d'énergie, une puissance musicale bien présente, ça sent l'album fait pour la scène non ?
J’ai effectivement écrit cet album dans une optique live. Lors de mes concerts, je vais jouer presque l’intégralité de cet album sur scène. Je me vois mal écrire des morceaux sans penser à les interpréter live.

A ce sujet une tournée est-elle prévue, et si oui, passera-t-elle par la France?
Je tourne sans arrêt et j’aimerais vraiment revenir en France car j’ai eu un superbe  accueil à l’Olympia ! Lorsque je suis sorti de scène, j’ai pleuré pendant 20 minutes … Mais pour l’instant il n’y a rien de prévu en France, je pense y revenir en 2013.

J'étais à L'Olympia lors de votre venue et dans le public il n'y avait pas que des fans qui vous suivent depuis longtemps mais toute une nouvelle génération qui vous découvre sur scène. Le blues est-il en train de renaître avec cette nouvelle génération ou bien il en a toujours été ainsi et le blues traverse le temps sans problème ?
Je pense que le blues passe constamment par une renaissance, chaque année de jeunes personnes le découvrent. A mon avis il ne mourra jamais car c’est la musique de l’âme, chargée d’une véritable humanité. Ça ne sera jamais une musique de masse, on ne fera jamais de blues pour vendre autant d’albums que Lady Gaga !! C’est plus personnel, il faut s’ouvrir au blues, et chaque année une nouvelle génération le découvre en pensant que c’est cool. Ceux qui m’ont découvert pour la première fois à l’Olympia m’ont accueilli de superbe façon.

Vous l'avez dit juste avant mais on vous a vu effectivement très très ému, ce concert vous a semble-t-il très marqué ?
Oui, je n’étais pas préparé pour cette quantité d’amour, c’est alors ce que j’ai ressenti. Lorsque je jouais avec Mayall, j’ai toujours pensé que les Français avaient un côté émotionnel très prononcé niveau musique : ils veulent communiquer, ils cherchent la profondeur. C’est ce qu’il s’est passé à l’Olympia, et ça m’a vraiment beaucoup ému …

Que pensez-vous de cette formule de partager la scène avec un autre grand nom ? En tous cas, côté public, c'était le grand bonheur !!
Pour moi c’était génial, je connais Popa depuis 18 ans, on a tourné en Hollande ensemble, pour le « Jimi Hendrix Tour », avec une section basse batterie hollandaise du feu de dieu. On est devenu super potes, j’adore bœuffer avec Popa car son énergie est hyper communicative.

Vous n'avez pas fait de grandes tournées en France, pourtant le succès à L'Olympia pourrait vous donner envie d'arpenter les grands festivals chez nous non ?
J’adorerais ça !! Si ils me bookent, je serai là, bien sûr !!

Beaucoup de jeunes musiciens qui arrivent dans le blues disent que vous avez été un des artistes qui leur a donné envie de jouer cette musique, ça vous inspire quoi ?
C’est génial. Quand j’étais ado, j’ai vu Hendrix, Cream, BB King, qui m’ont bien sûr énormément inspiré. Si moi-même je perpétue le cercle de l’inspiration, alors c’est la meilleure chose qui puisse m’arriver. Et tu sais quoi : ces gosses un jour auront 60 ans, et on leur dira qu’eux aussi ont été des sources d’inspiration, ça ne s’arrêtera jamais, c’est formidable.

Et vous quels ont été les musiciens qui vous ont donné l'envie ?
Lorsque j’étais jeune, je voulais jouer de la trompette et du jazz !! Ce fût ma première influence musicale. J’écoutais Miles Davis, Charlie Parker et John Coltrane. Pour mes 10 ans, mon cadeau a été une journée avec le Duke Ellington Orchestra : j’ai passé la journée avec eux, ils m’ont adopté, j’étais ce petit gosse blanc qui voulait jouer du jazz ! J’ai commencé la guitare en écoutant Bob Dylan : j’avais 10 ans lorsque son 1er album est sorti, c’est mon frère qui m’a branché sur Dylan en me disant que c’était différent, qu’il fallait que j’écoute ça. J’ai donc commencé à jouer de la guitare acoustique : ça a changé la direction musicale de ma vie.

Parmi tous ceux que vous avez croisés, quels ont été les modèles ou en tous cas ceux qui vous ont apporté le plus ?
J’ai joué avec beaucoup de grands dans ma vie, j’ai réalisé beaucoup de rêves d’enfants. Mais si je devais parler d’un modèle, pour moi personne n’est meilleur que John Mayall. Il m’a tant appris, il est devenu comme un père pour moi. Il s’est intéressé à ce que je faisais musicalement car il pensait que j’avais quelque chose et m’a aidé à le développer. Il a aussi été très patient : il a attendu que j’arrête la drogue et l’alcool par exemple, bien que j’ai été horrible sous ces influences. Il a toujours cru en moi, je lui en suis éternellement reconnaissant et je l’aime comme un père.

Avec qui aimeriez-vous jouer sur une scène, nouvelle et ancienne génération?
Tu sais quoi ? J’adorerais jouer avec les Stones, avec Keith, ça serait probablement le plus gros délire que je puisse imaginer ! (Rires)

Cet album va sûrement connaître un gros succès. En tous cas les premières critiques le jugent très bon, comme « l'album à acheter obligatoirement ».  Que peut-on vous souhaiter à vous,  sur le plan artistique et musical ?
Si l’album a du succès, tant mieux, sinon, ce n’est pas grave car j’ai créé quelque chose qui me semble honnête. Je serais enchanté que les critiques soient positives car j’y ai donné le meilleur de moi-même. SI il fallait me souhaiter quelque chose, ça serait de vivre jusqu’à 120 ans et d’être encore capable de jouer de la musique pour les gens. J’aime l’idée de jouer, d’atteindre les gens, de créer, je me sens chanceux et privilégié et mes rêves d’enfants se sont tous réalisés. J’adore chaque moment où je produis une note de musique, chaque jour est important car je vis ma passion.

Je vous remercie pour cette interview, cela a été un grand honneur et aussi un grand bonheur pour nous de vous rencontrer. Vous êtes une des  « légendes » du Blues qui nous font aimer  cette musique.
Merci à toi Yann

Propos recueillis par Yann Charles – Traduction : Alexx Schroll - Photo Olivier Garnier