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ROLAND TCHAKOUNTE au NEW MORNING (75) pdf print E-mail
Ecrit par Fred Delforge  
mercredi, 11 avril 2012
 

ROLAND TCHAKOUNTE
LE NEW MORNING – PARIS (75)
Le 10 avril 2012 

http://www.roland-tchakounte.com  

Remerciements : Nueva Onda

Difficile de résister à l’invitation de Roland Tchakounté qui conviait ce soir son public à venir le rejoindre au New Morning pour un concert donné en l’honneur de la sortie de son nouvel album, « Ndoni », un ouvrage qui marque une nouvelle évolution dans la carrière d’un artiste qui se plait désormais à se produire en quartet là où jusqu’à présent on le rencontrait traditionnellement en trio. Aux côtés des indéboulonnables Mick Ravassat à la guitare et Mathias Bernheim aux percussions, on trouve désormais Laurent Legall à la basse, le quatrième homme qui apporte une autre solidité rythmique, parfois un peu surprenante au départ mais toujours très judicieusement installée, que ce soit sur les anciens titres ou sur les nouveaux. 

Après un début de concert lancé par un premier morceau en acoustique dans une salle copieusement garnie, le plus Français des chanteurs et guitaristes Camerounais va nous entraîner vers les nouveaux rivages qu’il aborde avec ses créations et c’est en chaussant une Gibson qui se lance en électrique en direction de quatre nouvelles pièces qui font certes montre d’une autre énergie mais qui respectent les règles que Roland s’est lui-même imposées, à savoir une grosse dose de mélodie, une autre de simplicité, des arrangements fouillés de percussions et de guitares et enfin ce chant en Bamiléké qui installe paradoxalement très vite le dialogue entre la scène et la salle, quand bien même cette dernière ne parvient à saisir que la mélodie des mots et non leur sens.

S’il n’est pas à proprement parler un chanteur engagé, Roland Tchakounté a toujours à cœur durant ses concerts d’évoquer l’Afrique, son Afrique, et de mettre l’accent sur les problèmes du continent noir, la corruption étant sans le moindre doute celui qui le fâche le plus mais la colonisation n’arrivant jamais très loin au rayon des sujets qui fâchent. Entre deux chansons ou entre deux guitares, il évoque ainsi la France-Afrique, l’appauvrissement des populations locales, l’exil vers la terre promise et l’accueil frileux que l’on y reçoit souvent, mais il n’en oublie pas pour autant de garder non seulement une réelle virtuosité et surtout une vraie proximité avec l’assistance, lui glissant au passage quelques belles choses comme « Vae Victis » pour appuyer un peu mieux ses dires et pour la remercier d’être, grâce à sa musique, un citoyen quelque peu privilégié.

Soutenu par son slideur de génie, Roland ne peut que laisser un maximum d’espace aux guitares et c’est un Mick Ravassat brillant de mille feux qui se présente une fois encore à nous ce soir, exceptionnel au bottleneck, particulièrement inspiré dans ses riffs et toujours aussi impressionnant dans sa manière de capturer les morceaux, de se les approprier puis de les rendre à celui qui de sa voix chaude et convaincante sait au mieux les emballer de multiples belles choses. Encore un peu en retrait, Laurent Legall prend tranquillement sa place et surveille du coin de l’œil Mathias qui est indiscutablement le métronome dont la musique de ce griot moderne avait besoin pour prendre sa véritable dimension. La formule se trouve tranquillement et prend petit à petit une certaine envergure qui ne tardera pas à être exceptionnelle !

Qui dit soir de fête dit forcément invités et c’est aujourd’hui l’harmoniciste Christophe Dupeu qui est chargé de jouer les guests de luxe en venant saupoudrer de son souffle délicat quelques morceaux avant que le groupe ne finisse par se résoudre à nous annoncer la fin imminente du concert. La salle montre forcément son envie d’en obtenir plus et c’est en repartant vers son ancien répertoire que Roland Tchakounté la remercie, avec « Africa » pour commencer, puis avec « Blues Menessen » pour ramener une fois encore son groupe, ses frères blancs, vers la loge exigüe qui jouxte la superbe scène du New Morning. La salle se lève mais ne se résout pas à partir, un peu comme s’il manquait encore un petit quelque chose … 

Tombé dans le blues à cause ou plutôt grâce à John Lee Hooker, entre autres, c’est vers lui que se tourne traditionnellement Roland Tchakounté à la fin de ses concerts, en offrant à son public sa propre version de « Crawling King Snake », un titre qui résume assez bien la relation qui existe en matière de blues entre l’Afrique et l’Amérique et qui met au passage l’accent sur cet amour qu’il y a entre Roland et cette musique qui le touche depuis des années. C’est l’occasion pour Mick de se lancer dans quelques facéties dont il a le secret, en jouant les phrases de son ami à la guitare par exemple, ou en se jouant lui-même des saturations pour mieux s’approcher aux extrêmes limites du larsen !

Il faudra encore un très délicat « Me Seyn » pour convaincre l’assistance de se séparer d’un groupe qui aura ce soir été tout particulièrement exceptionnel et de se détacher d’une alchimie qui a permis au son et aux lumières de nous mettre dans des conditions idéales pour goûter à un concert où nouveautés et titres plus anciens ont trouvé leur véritable équilibre. Le New Morning a cela d’exceptionnel qu’il permet une réelle proximité entre l’artiste et l’assistance, c’est ce qui convient le mieux quand on souhaite vraiment se régaler de la musique d’un artiste comme Roland Tchakounté. Indéniablement, c’est Rue des Petites Ecuries qu’il fallait être ce soir si l’on voulait assister à une soirée inoubliable !

Fred Delforge – avril 2012