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GREG ZLAP pdf print E-mail
Ecrit par Yann Charles  
lundi, 04 janvier 2010
 

http://www.gregzlap.com/
http://www.myspace.com/gregzlap

Retrouvez toutes les photos de Yann Charles sur http://www.myspace.com/isayann

Remerciements: Greg Zlap, Elvire Guillaud, Isa.

Nous ne savions pas encore que Greg Zlap serait le musicien de l’année 2009 pour la rédaction de Zicazic que déjà nous ressentions déjà l’envie de lui poser quelques questions … On le savait talentueux, fidèle en amitié, facile à vivre et très discret dans la vie de tous les jours, nous découvrions ce soir là un nouveau Greg Zlap qui se révélait pouvoir être prolixe quand les sujets abordés le touchent. Retour sur ce qui a fait que Greg Zlap est à ce jour un des harmonicistes les plus fameux de l’hexagone …
   
Bonsoir Greg ! En premier lieu pourrais-tu te présenter pour les lecteurs qui ne te connaîtraient pas encore ?
Je m’appelle Greg Zlap, je suis harmoniciste, c’est à dire que je joue de l’harmonica, je suis né à Varsovie, j’ai passé la première moitié de ma vie en Pologne et maintenant je vis en France.

Depuis quand fais-tu de la musique et pourquoi avoir choisi l’harmonica ?
Mon premier contact avec la musique a eu lieu en Pologne quand j’avais 4 ans, j’ai été choisi par le conservatoire de musique pour prendre des cours de piano. Mais çà s’est très vite arrêté. Quand j’ai eu 14 ans un ami m’a offert un harmonica et ça a été le coup de foudre.

Quelles ont été les premières émotions et influences musicales que tu as eues ?
Lorsque j’ai commencé l’harmonica, il y avait dans ma première méthode une démo qui était un morceau de blues dans lequel l’harmo était vraiment très impressionnant. Et là je me suis dit : « C’est incroyable ! Comment peut-on faire ça avec un harmonica ? ». Cà a été le déclenchement. A partir de ce moment j’ai commencé à rechercher des morceaux dans lesquels il y avait plus d’harmo et cela m’a amené petit à petit vers le blues, puis à la musique en général. Ensuite, je me suis intéressé et j’ai exploré pas mal de styles différents, que ce soit jazz, country, blues, rock.

Quand tu es arrivé en France le 1er contact que tu as eu avec le monde musical et l’harmo a été entre autre avec Jean-Jacques Milteau. Cela a-t-il créé une relation particulière entre vous ?
En fait quand je l’ai rencontré, lors d’un stage, je jouais déjà de l’harmonica. C’était notre première rencontre et il m’a immédiatement pris sous son aile. Ce qui m’a vraiment surpris c’est qu’il m’a tout de suite proposé de collaborer avec lui à l’écriture d’une méthode d’harmo. A partir de là on a fait beaucoup d’autres choses ensemble, des concerts, on a créé un club qui s’appelle le « Marine Band Club » et qui est un club national qui regroupe des amateurs d’harmonica. Et aujourd’hui encore j’ai beaucoup de contacts avec lui. C’est mon père spirituel dans le monde de l’harmo !

Sur ton album on retrouve Toma Milteau à la batterie, ce qui n’est peut être pas le fruit du hasard. Est-ce que tu peux nous le présenter ainsi que les musiciens qui t’accompagnent ?
Effectivement Toma est le fils de Jean-Jacques Milteau et ça fait déjà assez longtemps que je joue avec lui. C’est un batteur qui a une approche très originale de la batterie avec la vision d’un percussionniste et donc un son inhabituel. A la basse, Tristan Bres, qui joue avec nous depuis un an à peu prés et qui vient plus du monde de la funk et du jazz. Eric Starczan jeune guitariste de blues qui tourne actuellement avec Général Elektriks. C’est un excellent guitariste.

Oui effectivement il est très bon.
Au clavier je travaille beaucoup avec Johan Dalgaard, qui m’accompagne habituellement, mais également avec un jeune clavier qui s’appelle Damien Cornelis et qui est bien connu du milieu du blues puisqu’il accompagne plusieurs formations. Il est très jeune mais il est également excellent. C’était la formation pour le concert du 18 décembre au Café de la Danse. Sinon je joue souvent en quintet, donc toujours sur cette formule, batterie, basse, guitare, clavier et moi à l’harmo, mais les musiciens changent régulièrement en fonction des différents projets musicaux.

Tu as collaboré et tu collabores encore avec Ian Siegal. Qu’est ce que tu peux nous sur lui, sur ce qu’il t’apporte musicalement ou tout simplement sur Ian lui même?
Ian est avant tout un ami, je le connais depuis longtemps, je l’ai rencontré sur un festival de blues en Espagne et c’est une succession de hasard qui nous a permis de nous retrouver et de jouer ensemble. En arrivant sur ce festival on ne se connaissait pas du tout et en discutant on s’est dit tiens, ce serait sympa de jouer ensemble lui à la guitare et moi à l’harmo. Et la surprise a été que les organisateurs avaient eu la même inspiration que nous en nous programmant en duo. Ensuite on a gardé le contact et on a continué à collaborer. L’année dernière je lui ai proposé de participer à mon album « Road Movies » sur lequel nous avons coécrit plusieurs titres. Ian Siegal est un bluesman comme on n’en fait plus car il a vraiment quelque chose de très authentique, de très « roots » en lui, il a une voix un peu cassée, très caverneuse, c’est une voix qui est très frappante alors que moi j’ai une voix beaucoup plus douce. Le mélange des deux couleurs crée quelque chose de très spécial, et on se rend compte au fil de nos différentes collaborations qu’on se complète vraiment bien. On s’apporte mutuellement ce que chacun n’a pas.
C’est au niveau du chant que ce qu’il m’a apporté est le plus palpable. Lorsque j’ai du jouer seul sur scène, Ian ne pouvant être présent à tous les concerts, un des morceaux qu’on a enregistré pour « Road Movies » et qu’il a fallu que je chante, çà m’a en quelque sorte libéré. Aujourd’hui j’ose beaucoup plus de choses au chant et c’est vraiment grâce à lui !

Justement en parlant de ton album « Road Movies » qui est sorti en 2008, il est consacré principalement aux musiques de film. Pourquoi ce choix ?
Je cherchais un thème qui soit populaire au départ, parce que je pense que quand on fait de la musique, principalement instrumentale, il faut une clé pour que les gens puissent entrer dans ce monde musical. Tout le monde n’est pas forcément fan de blues ou d’harmonica, du coup il faut créer un contact. Pour moi la musique de film va très bien avec l’harmonica car c’est facile de créer une image. Par exemple quand tu écoutes « L’homme à l’harmonica » de « Il était une fois dans l’ouest », il y a trois notes et çà suffit vraiment à planter le décor. C’est un thème qui est très riche et dans lequel on peut puiser de véritables trésors.
Mais en fait c’est très délicat car c’est un sujet tellement populaire que çà pourrait être réalisé de plein de manières différentes. J’ai donc demandé à Daniel Yvinek de réaliser l’album et on a choisi de faire des adaptations, mais très roots, très blues, on a transformé certains thèmes comme par exemple « Bagdad Café » ou « Paris Texas » qui sont devenus blues alors qu’au départ ce sont des versions qui ne le sont pas du tout. On a également composé, notamment avec Ian, des musiques qui pourraient être des musiques de film.

Parlons un peu de ton aventure musicale avec Johnny, comment vous êtes vous rencontrés, et qu’est ce que tu en retire musicalement et sur le plan humain ?
Je l’ai rencontré sur l’album « Blues », ils avaient besoin d’un harmo car c’est un instrument qui est vraiment emblématique dans ce style de musique. Je suis arrivé à ce moment là. Johnny Hallyday a adoré mon harmo, il est vraiment tombé sous le charme alors qu’il avait le choix car au départ il voulait enregistrer avec un harmo américain, mais il a changé d’avis et m’a demandé de rejoindre l’équipe. Pour moi c’était une expérience énorme. Puis il m’a proposé de faire la tournée avec lui et je me suis retrouvé sur des scènes que je n’avais jamais faites avant puisque là, tu joues dans des stades et même sur la grande scène le jour du 14 juillet sur le Champ de Mars devant un million de personnes.

Cà doit faire étrange, non ?
C’est très impressionnant ! Ce qui a était vraiment génial pour moi, c’est qu’au fur et à mesure des répétitions sur ce « Tour 66 », j’ai pris de plus en plus de place dans le spectacle. Au départ je ne devais faire qu’une petite partie acoustique puis on m’a proposé d’autres morceaux et Johnny a même proposé que l’harmo prenne parfois la place de la guitare. Finalement je me suis retrouvé avec une très très belle place et l’harmo est très présent dans le concert. J’ai vraiment de belles plages d’impros libres et dans une machine aussi énorme que le spectacle de Johnny Halliday, cela procure vraiment beaucoup d’émotions !

La Pologne a gardé une place particulière dans ton cœur, comme tu nous l’as dit tu es né à Varsovie, et d’ailleurs tu lui as consacré un album, est ce que tu peux nous en parler ?
Oui je suis né à Varsovie et j’y ai encore ma famille, alors j’y retourne régulièrement. Quand j’ai quitté la Pologne je n’étais pas encore musicien, j’avais 17 ans et je jouais un peu d’harmo mais je n’avais aucune ambition particulière, en tout cas je n’imaginais pas que j’allais devenir musicien. C’est en France que je suis devenu harmoniciste professionnel et en 2005 j’ai décidé de faire un album en hommage à ma ville natale.
Avec mon groupe on est allé enregistrer à Varsovie. C’était une grande émotion pour moi parce que j’ai travaillé là bas dans des studios magnifiques, avec un ingénieur du son très expérimenté et des musiciens polonais sont venus en guests sur l’album. C’était quelque chose de vraiment très intime pour moi de vivre la musique en Pologne. C’était un peu un retour aux sources. L’album s’appelle « Varsovie ».

Passons complètement à autre chose ! Tu as joué le vendredi 18 décembre 2009 au Café de la Danse à Paris, était-ce le premier concert d’une tournée ou juste un concert pour se faire plaisir ?
Ce concert a été l’occasion de présenter mon nouveau spectacle et mon nouveau projet qui s’appelle pour l’instant « Air ». J’avais envie de parler du souffle, donc le souffle, l’air, la respiration, tout ce qui lie en fait l’harmonica et la voix. C’est pendant la deuxième partie de la tournée avec Johnny Hallyday qu'avec Johan Dalgaard, qui est également le clavier de Johnny et avec qui j’ai déjà collaboré, nous avons travaillé sur ce nouvel album. Quelques compositions sont déjà prêtes et nous les avons présentées au Café de la Danse. Il y a aussi tout un spectacle qui est créé autour de çà, au niveau des lumières, des costumes de scène, c’est vraiment quelque chose qui est dirigé vers le public. Avec Johan on a vraiment été boostés par l’énergie de cette tournée et c’est vrai qu’on n’en sort pas indemne. C’est vraiment de la dynamite qu’on a envie de balancer et la moitié du concert a été consacré à des morceaux de ce nouvel album qui sortira en 2010.

Je sais que tu accordes une grande importance à l’apprentissage des jeunes musiciens, est ce que tu as encore le temps de donner des cours ou est ce que c’est un peu en suspend ?
Je suis toujours impliqué car j’ai une école d’harmo que j’ai créé il y plus de dix ans et qui se trouve à Paris. Pendant la tournée les cours ont continué et je me suis fait remplacer par Bako Mikaélian qui est un excellent harmoniciste. Mais en tout cas, même quand je n’ai pas le temps de donner des cours, je garde toujours un œil là-dessus car pour moi c’est important de transmettre un savoir-faire, en fait j’aime beaucoup la pédagogie et donc je ne m’en éloigne pas.

Tu continue à suivre tes élèves présents mais est ce que tu suis également tes anciens élèves ? Je pense entre autres à Charles Pasi qu’on a entendu récemment avec Carla Bruni.
Ca, ça me fait très plaisir parce qu’il y a beaucoup de mes anciens élèves qui sont maintenant connus dans le monde de l’harmonica, notamment Charles Pasi, Thomas du groupe Moriarty, mais il y a aussi Christophe Mahé, Alexandre Thollon qui est maintenant professionnel et qui gagne tous les concours d’harmo, Jean-Marc Henault du groupe Shake Your Hips!, il y a plein de personnes qui volent désormais de leurs propres ailes et je garde le contact avec eux.

Alors petite question de Fred Delforge, Big Boss de Zicazic : « Il y a quelques années tu as donné des cours à des enfants pendant le festival Blues sur Seine, quel souvenir en gardes-tu ? »
Oui effectivement j’ai donné des cours dans le cadre de ce festival pendant des années et je garde un excellent souvenir de cette expérience. J’ai donné des cours dans des écoles et aussi dans un centre spécialisé pour des enfants handicapés, j’ai également fait des interventions en milieu hospitalier dans le cadre d’un autre projet, j’ai travaillé avec des grands brulés. A l’hôpital de Montereau j’ai travaillé sur le souffle avec des enfants et des adultes qui souffrent d’asthme. Ce sont des expériences très enrichissantes. Je reçois de temps en temps des mails d’enfants qui y ont participés et qui se souviennent de nos rencontres, et çà c’est vraiment très sympa. On dit qu’on donne des cours mais moi j’ai beaucoup reçu. On apprend à avoir beaucoup d’humilité en étant en contact avec les enfants malades car ils ne le montrent pas, ils sont toujours pleins de vie et c’est vraiment une grande leçon. C’est quelque chose que je continuerais à faire chaque fois que j’en aurais l’occasion !
 
Il y a quelque temps tu as partagé la scène avec Nono Krief de Trust. Y-a-t-il un projet avec Nono ou c’était juste pour le plaisir ?
Avec Nono c’était une belle rencontre, on a fait pas mal de concerts au sein d’une formation qui s’appelle Friendship Blues et on se voit assez régulièrement. Et c’est vrai qu’on parle d’une éventuelle collaboration, on a envie de faire quelque chose ensemble, donc pour l’instant il n’y a rien de concret mais en tout cas on a déjà collaboré sur un des morceaux qui a été joué au Café de la Danse et il a mis sa patte dans ce nouveau projet.

Pour conclure cet entretien peut on dire que cette année 2009 aura été un tournant pour toi ? Pour ta carrière ? Une année énorme, non ?
Oui tout à fait, c’est vraiment un tournant, il y a d’ailleurs un chiffre qui illustre bien cela. Cette année il y a à peu prés dix millions de personnes qui m’ont vu jouer de l’harmonica. C’est quelque chose que je n’aurais pas pu atteindre sans Johnny et cette rencontre m’a permis de toucher un public beaucoup plus large. Et ce qui est génial, c’est que ce nouveau public a adoré l’harmonica et c’est çà que je retiens. J’ai réussi à transmettre ma passion et les gens l’ont bien senti. Les choses ne seront vraiment plus jamais pareilles. 2010 s’annonce donc comme une très belle année pour moi, je vais beaucoup jouer avec mon groupe, je vais partir en tournée, il y aura un nouvel album et plein de bonnes choses.

Et bien merci beaucoup Greg, et tous les lecteurs de Zicazic se joignent à moi pour te souhaiter effectivement plein de bonnes choses pour l’avenir.
Merci à vous.

Propos recueillis par Yann Charles – décembre 2009