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NINA VAN HORN - SOUVENIRS D'AFRIQUE ... pdf print E-mail
Ecrit par Fred Delforge  
vendredi, 29 mai 2009
 

… ou les Tribulations Africaines de Nina Van Horn

Cette fois-ci je m’en vais vous raconter un peu de notre périple Africain …On ne revient jamais indemne d’une visite dans ces pays pour peu qu’elle ne se cantonne pas à celle du Club Med local et dès que l’on en sort, c’est le grand écart total, le choc… Ce le fut pour nous !

Dès le hall des bagages à l’aéroport de Dakar, le ton est donné, une meute en quête de quelques pièces nous saute dessus et Mar Todani assume à la perfection (et presque au karaté) son rôle de gardien des bagages pendant que je pars en quête du chauffeur de l’Hôtel Méridien … A l’extérieur et dans une chaleur moite qui colle à la peau bien qu’il soit 2.00 du mat, une foule piétine et se presse autour des arrivants, je finis par dénicher le chauffeur qui dort dans le minibus, rameute les musiciens et nous parvenons enfin à tout charger. Je quitte l’aéroport avec le regard de ce rasta lépreux en chaise roulante qui me supplie de lui donner quelque chose et colle sa main mutilée sur la vitre jusqu’au départ du bus. Welcome to Africa !

Il ne nous faut que quelques minutes pour emprunter la longue allée de cocotiers enluminés qui mène au hall du Méridien. Là, changement d’atmosphère, çà respire le luxe comme dans tous ces hôtels de classe que nous avons déjà visités de par le monde, une bonne nuit de repos et le lendemain nous somme prêts pour découvrir le Dizzy Club où nous officierons. Dans la lignée du Méridien de Paris, des cuivres sont venus mourir sur les murs et des photos de Dizzy ou Louis Armstrong nous accompagnent en sourdine.

Marten Ingle trouve une contrebasse électrique et Damien Cornelis profite du piano … la sono est un nœud de câbles en tout genre et c’est Marten qui débranche tout et reprend les branchements un à un, merci le groupe qui était avant nous !

Il règne une atmosphère d’effervescence dans l’hôtel et nous apprenons qu’il y a tenue d’une conférence internationale des pays africains … Nous allons vite le comprendre, l’hôtel est rempli à ras bord de Ministres des Finances et autres attachés, portant tous des costumes à 10 000 dollars, se congratulant, se faisant des cadeaux, s’autorisant des réunions informelles dans le hall, à la piscine, au club … On nous demande parfois de jouer moins fort car le Président dort au-dessus (probablement pas seul vu le nombre de jolies filles qui gravitent ici)… Bref, on passe parfois de Nina Van Horn show à celui des Magic Tones des Blues Brothers mais il faut s’adapter (tant pis pour l’Ego !)

Le temps défile entre les shows, la piscine et son restaurant où nous prenons tous nos repas, une dure vie d’artiste quoi ! Je garderai en souvenir cette conversation avec le Ministre de l’Economie d’Afrique du Sud qui a fait ses études à la Nouvelle Orléans et qui me raconte les progrès de son pays depuis Mandela. Egalement intéressant le discours de ce Français expatrié, baroudeur dans ce continent qu’il connaît « comme sa poche », avec le ton du parfait colonialiste (ah ! c’était le bon temps !). Il soutiendra à un Marten effaré que le blues ne peut pas être africain puisque l’on n’en joue pas ici ! Impasse de blanc sur toute la culture africaine transportée de force aux USA … Edifiant ! Nous irons faire un tour au Casino local où toute la communauté française de Dakar se retrouve … Hormis le groupe local qui joue d’enfer sur une sono pourrie et des filles longues comme des lianes qui oscillent sur la béguine locale (je me sens comme un vieux cageot quand je les regarde toutes !), le discours de ces Français sent le maître et nous n’avons pas grand chose à nous dire.

On nous éjecte pour deux jours de l’hôtel car ils ont besoin des chambres, nous partons à N’gor, à 10 minutes d’ici, et atterrissons dans un petit village. Là, plus de route goudronnée, des cabanes où l’on vend ce que l’on peut pour survivre, des centaines d’enfants qui jouent toute la journée sur la plage, à peine 30% sont scolarisés ici ! L’hôtel est plus modeste mais convivial et après tout ce luxe, çà nous fait du bien d’être au contact de la vraie vie…

Sur la plage des barcasses vous emmènent de l’autre côté dans l’île de N’gor où France Gall possède une maison alors nous nous embarquons à bord, c’est épique de monter là dedans, d’enfiler le gilet de sauvetage, çà donne une idée des boat people ! Quand il y a assez de monde sur la plage, ils envoient une barque les chercher…

On se promène dans les petites ruelles de l’île sur un chemin qui serpente entre les roches volcaniques et les détritus qui pourrissent au soleil… Partout la même gentillesse, on nous voit peut être comme des porte-monnaie ambulants mais il n’y a pas d’agressivité chez ces gens, juste une résignation si on n’achète rien : « ce n’est pas un bon jour, c’est tout ! »

Nous terminons notre passage au Méridien et partons pour la Gambie : on nous a prévenus, çà va être long pour faire 300 km et la route n’est pas bonne !

Dès que l’on sort de Dakar, c’est la savane avec des baobabs (que le diable a planté à l’envers !) énormes, des femmes vendent toutes sortes de fruits et arachides tout le long de la nationale encombrée de camions à la balance improbable, de taxis brousses incertains et surchargés

Les marchés s’espacent et le macadam aussi, nous arrivons à Kaolak, véritable égout en plein air où une multitude s’entasse dans une crasse et une puanteur sans pareilles, mon mal de dos est revenu et le chauffeur tente de contourner les trous en empruntant des pistes sablonneuses, elles aussi défoncées par les camions …Des animaux de toutes sortes traversent à tout moment, bœufs aux longues cornes, ânes, biquettes et chiens,

Les villages se signalent par les montagnes de détritus qui les précèdent, véritable restaurant pour tous les animaux, des sacs plastiques noirs parsèment la savane et s’accrochent  comme d’éphémères oiseaux de proie à toutes les branches. Les gens vivent dans des cases au toit de chaume et dans un dénuement indécent. Encore une fois les femmes sortent de la torpeur pour cueillir des fruits et les vendre sur le bord de la route pendant que les hommes dorment à l’abri d’un arbre. Tout au long de ce périple, je serais étonnée par la propreté et l’éclat de ces femmes excisées, sans éducation, mères à 12 ans. Leur silhouettes de déesses impeccables dans la poussière où elles sont nées n’a de cesse de m’étonner et s’il faut trouver un avenir à l’Afrique, c’est par elles qu’il se construira… Je repense à mes hommes d’affaires du Méridien et à leur panses rebondies … Ont-ils oublié tout çà ?

Nous arrivons enfin à la frontière avec la Gambie dans un entonnoir où s’entassent les taxis brousses qui déversent leurs voyageurs épuisés et chargés (j’ai vu hisser une vache vivante sur la galerie d’un de ces taxis !), des petites boutiques de changeurs, vendeurs de toutes sortes sont installés de part et d’autre des deux bureaux de douanes.

Nous pénétrons dans celui du Sénégal où l’on nous tamponne un visa de sortie mais je remarque que les Sénégalais ont besoin d’un permis pour voyager d’une région à l’autre.

Puis viens le tour du poste de la Gambie : nous passons devant une dizaine de soldats affalés sur des chaises sans âges, dans la salle à l’intérieur trône une grande cage en fer rouillé, à l’intérieur de celle-ci, une vielle natte et des cafards écrasés : c’est la prison ! Cà calme tout de suite et nous suivons un officier le long d’un couloir crasseux pour atterrir dans son bureau, des morceaux de tissus pendent aux fenêtres trouées dans le mur. Notre officier veut tout savoir, qui est le chef, où allons nous et son œil s’allume quand nous lui parlons du Sheraton : je sais que nous allons payer le double pour les visas ! Partout les sourires se forment quand nous disons que nous faisons du blues ! Les héros nationaux restent quand même Youssou N’Dour au Sénégal et Bob Marley en Gambie, l’anniversaire de sa mort le 11 mai était presque un jour de deuil national !

Nous avons enfin les visas, je lui refile quelques billets crasseux que le changeur m’a donné en échange des Francs CFA. Nous devons maintenant trouver un taxi qui nous emmène au port pour y prendre un bac jusqu’à la capitale Banjoul. L’officier a pitié de nous et il nous propose de nous trouver un taxi, peut être son cousin mais çà rend service d’avoir une aide dans ce foutoir sous 38°C !

Un taxi branlant nous propose de nous emmener au port et c’est reparti pour 30 km mais cette fois-ci la route est bonne et mes reins me remercient !

Nous arrivons au « port », niché à un bout du village, il nous faut retraverser la foule bigarrée et bruyante qu’un flic en Ray Ban essaye de commander, ici tout ce qui porte un uniforme gesticule, donne des ordres, puis des contre-ordres, nous sommes une nouvelle fois assaillis par des porteurs équipés de brouettes mais Mar fait le bouledogue auprès de nos bagages une fois de plus pendant que je cherche où acheter les billets pour le ferry ! J’aperçois un bateau tout rouillé : ce n’est pas notre ferry non, çà n’y ressemble pas !… Mais si c’est lui ! Il croule sous les camions surchargés, les voitures et le restant est occupé par les piétons ! On nous fait signe de nous dépêcher car il va partir… Un gamin monte avec nous et veut nous servir de guide de l’autre côté…


 
Le ferry démarre enfin et tangue tellement il est surchargé ;  je fais une petite prière à St Fred Astaire pour qu’on arrive autrement qu’à la nage à Banjoul dont on voit tout de même la côte. 40 mn de traversée suffisent à notre bonheur et la nuit est tombée à notre accostage, çà fait tout de même presque 12 heures que l’on est parti de Dakar, heureusement il n’y a pas de concert prévu ce soir !

Sur le bateau, un garçon en jeep nous propose de nous emmener au Sheraton, c’est sur son chemin nous dit il … Quelques hésitations à monter dans un véhicule avec des inconnus mais le noir total où le port de Banjoul est plongé achève de nous décider, tant pis ! On verra bien s’il nous emmène dans le désert !

Pa, c’est son nom, nous explique qu’il n’y a pas d’électricité la nuit et nous roulons dans des rues de sable parmi une foule de gens qui sortent dès qu’il fait moins chaud. L’impression est saisissante et nous espérons qu’il prend la bonne route ! Nous arrivons sur une sorte d’autoroute au multiple check point de police qui contrôlent les voitures qui se dirigent vers la pointe de la ville, l’éclairage public arrive et nous comprenons que cette partie de la ville est la riche et que nous sommes donc en route vers le Sheraton !

Nous arrivons enfin à l’hôtel après 12 heures de route, bien crasseux et fatigués mais l’accueil est sympathique, des cocktails nous sont offerts, le Directeur se réveille pour venir nous accueillir et l’on nous transporte en voiturette de golf jusqu’à nos chambres.

L’hôtel est une succession de petits bâtiments en pisé dans un magnifique jardin, le tout au bord d’une plage déserte. On nous annonce que le Festival se déroule au bord de la piscine et qu’une réception de 80 VIP, Ambassadeurs, Alliance Française, Ministres etc… est prévue le soir avant le concert. Nous allons devoir nous installer sur la piscine, cernés d’eau et j’ai un peu la trouille de tomber ce soir !

Je n’ai pas beaucoup de photos de nous en train de jouer mais vous pouvez voir une vidéo sur http://www.myspace.com/ninavanhorncom ou sur mon site www.ninavanhorn.com où vous verrez le vent terrible que nous avons dû affronter pendant ces deux soirs. Pas facile de chanter sans manger ses cheveux mais l’accueil du public était très agréable et nous avons pris de nombreux contacts pour revenir.

Le lendemain nous partons pour Sénégambia, une presqu’île très touristique que l’on nous conseille vivement de visiter (pas vraiment notre tasse de thé chez Nina)

Nous débarquons dans une rue pleine de cafés et restaurants dignes de n’importe quel bord de mer, sans aucun intérêt si ce n’est la découverte de dizaines de vautours venus se reposer à la fraîche dans le parc d’un hôtel…


  
Nous allons faire un tour sur la plage « aux pervers » comme on l’appelle, car le tourisme sexuel y est bien installé, la plage est presque déserte car c’est le début de la saison creuse et c’est tant mieux, seuls quelques pêcheurs tirent pendant une demi-heure un filet dont ils ne tireront qu’une dizaine de poissons…

Quelques jours encore sur ce continent qui ne laisse pas de bois et nous nous retapons le même voyage retour, cette fois-ci j’ai négocié avec Pa pour qu’il nous ramène jusqu’à la frontière du Sénégal et nous croyons nous en sortir mieux et plus vite : quelle erreur, il nous faudra patienter plus de deux heures au port pour monter avec le véhicule après force bakchich et palabres, une presque insolation et beaucoup de temps perdu ! Le chauffeur qui poireaute à la frontière menace de repartir car il en a marre de nous attendre !

Nous arrivons vers 3 heures de l’après midi alors que nous sommes partis de l’hôtel à 9.00 ! Cà c’est l’Afrique, ne prévoyez jamais de timing, rien ne se fait à l’heure et tout le monde prend çà cool alors nous aussi ! Nous revoyons au passage le même officier de douane qui se marre en nous voyant et nous promet de nous faire visiter son pays la prochaine fois ! Nous nous retapons la piste et la route défoncée jusqu’à Kaolak où l’on s’arrête pour prendre de l’essence. Là un homme vêtu d’un pan de sac de jute qui lui cache tout juste le sexe nous accoste… Il est d’une autre tribu, porte des locks et a le corps entièrement recouvert de graisse d’essieu qu’il transporte dans un pot à la main. Je ne résiste pas à son regard et lui donne quelque chose, il sourit, esquisse une danse et part comme il est venu…

Notre chauffeur veut s’arrêter au marché de Kaolak pour manger mais on lui fait comprendre qu’on est pressé de rentrer tout schuss à l’hôtel… Après un tel périple, la douche est un îlot de bonheur, nous resterons quelques heures au Méridien le temps de manger à la piscine, de se changer et de récupérer tous nos bagages et de mesurer la chance que nous avons de faire ce métier…

L’avion est à 2.00 du mat, à l’aéroport nous sommes déjà habitués à ces gens qui grouillent de partout à toute heure ! Nous avons à peine pris la mesure de cette Afrique si attachante et nous allons rentrer la tête pleine d’images de misère et de splendeur ! Un grand écart permanent entre le beau et le laid, une formidable survie de ces peuples et une gentillesse non feinte tout au long de ce voyage ! Comment en sortir indemne ? Impossible mais aussi l’envie d’y retourner, la prochaine fois, je veux aller chanter dans un de ces villages perdus pour ces femmes et ces enfants !

Je vous raconterai…

Nina Van Horn – mai 2009