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EN TERRE DE BLUES 2022 (USA) pdf print E-mail
Ecrit par Fred Delforge  
mercredi, 11 mai 2022
 

TERRE DE BLUES 2022 EN TERRE DE BLUES
NEW ORLEANS – VICKSBURG – CLARKSADLE – MEMPHIS
– LYNCHBURG – BIRMINGHAM – JACKSON ... (USA)   
Du 29 avril au 14 mai 2020

https://visitmississippi.org/
http://msbluestrail.org/

C’est une édition quelque peu exceptionnelle de ce périple qui nous attend cette année puisque les contraintes sanitaires ont repoussé l’International Blues Challenge de janvier à mai 2022, et parce que la crise sanitaire qui a frappé le monde a tout particulièrement impacté les Etats Unis dont la population n’a pas eu la chance d’être soutenue comme nous l’avons été en Europe et en France. Nous l’avions déjà constaté en novembre décembre/dernier, mais en quatre mois, force est de constater que l’inflation frôle les 10%, que le prix des carburants a plus que doublé, que les homeless fleurissent dans les villes comme les magnolias au printemps et que le crack circule désormais un peu partout, même dans les beaux quartiers …

Il n’en reste pas moins que le voyage vaut bien la vingtaine d’heures qu’il dure de porte à porte, avec cette fois des escales à Amsterdam et Atlanta avant de toucher enfin notre but … La Nouvelle Orleans nous tend les bras, et ce n’est là que le début de cette quinzaine en terre de blues !   

Samedi 30 avril :

Arrivés à La Nouvelle Orleans hier en fin de soirée, nous avons directement rejoint notre hôtel sur Old Gentilly pour nous remettre de nos émotions et c’est dès potron-minet que nous partons aujourd’hui faire un rapide tour en ville pour assister au ballet des balayeurs qui évacuent les détritus laissés par la foule durant la nuit … La ville est en plein festival de jazz et elle semble retrouver une certaine fréquentation à la fois diurne et nocturne, ce qui donne aux quartiers branché des allures de décharge à ciel ouvert dans laquelle s’amoncellent les souvenirs plus ou moins avouables laissés par une meute hétéroclite où les amateurs de musique se mélangent aux bobos en goguette, donnant à Bourbon, à Decatur ou à Frenchmen Street des faux airs d’Ibiza.

On laisse le quartier se refaire une beauté pour être présentable ce soir et on file sur la I-55 pour rejoindre un endroit que nous aimons tout particulièrement, Owl Bayou, un petit coin de paradis posé au milieu de l’enfer puisqu’il est juste sous le viaduc de l’Interstate, mais où la vue est magnifique, que ce soit le matin au lever du soleil, le soir quand il se couche, ou comme aujourd’hui en plein milieu de la matinée quand le soleil cogne déjà dur et que les pécheurs sont à l’œuvre … On fantasme on se disant qu’il doit bien y avoir quelques alligators qui guettent dans l’espoir de nous croquer mais en cherchant bien, on ne voit que quelques escargots, de belle taille certes, mais plutôt inoffensifs …

De retour en ville, on passe forcément devant la maison de Fats Domino qui a retrouvé ses couleurs d’antan et on fonce bientôt au Cajun Seafood sur Claiborne Avenue se prendre une bonne grosse dose de crawfish et de gumbo, le tout pimenté à souhait au point de vous mettre la bouche en feu pour le reste de la journée. Un petit arrêt au Kermit's Tremé Mother-in-Law Lounge de Kermit Ruffins, un des lieux culte des fans de la série Treme qui se trouve quasiment en face, et il ne nous reste plus qu’à aller faire un grand tour dans les cimetières avec un arrêt prolongé dans celui de St. Joseph, moins prestigieux que les cimetières payants du centre qui accueillent des tombes célèbres, et en même temps tellement plus authentique.

On laissera ensuite les visiteurs se promener dans le Vieux Carré avant de partir pour notre première soirée concert du séjour, et quelle soirée ! On se dirige en effet vers Broadside, un espace en plein air sur Broad Street où nous attendent quelques food trucks mais aussi et surtout Jon Cleary’s Funky N.O. R&B Revue qui évolue ce soir avec l’excellent guitariste Big D et le non moins brillant percussionniste Pedro Segundo en plus de sa section rythmique et d’une paire de cuivres. Groovy et funky à souhait, la musique du pianiste qui est également chanteur et à ses heures guitariste va nous emmener très loin dans les rythmes festifs et épicés du jazz néoorléanais avec une pointe de swamp et une autre se soul.

Et comme une bonne revue musicale ne saurait se faire sans des guests de prestige, ce sont ce soir Walter ‘Wolfman’ Washington, John Boutte et James Rivers qui se succèderont pour apporter qui une guitare et une voix, qui un chant délicat, qui un saxophone et une étrange flute-harmonica pour mettre en valeur une musique dans laquelle on retrouve des couleurs qui font penser à Fats Domino, Dr. John, Professor Longhair et Jelly Roll Morton mais aussi les Neville Brothers, Bonnie Raitt et Taj Mahal. L’assistance très bien garnie et particulièrement réactive est essentiellement composée de locaux, visiblement des habitués du lieu à qui les plus de trente dollars de droit d’entrée n’a pas fait peur. Il faut reconnaitre que le plateau proposé valait largement le prix !

Après cette belle soirée de plus de deux heures de bonnes vibrations servies par un groupe chaleureux et motivé, il ne restera plus qu’à aller profiter du sommeil du brave, le cocktail décalage horaire et lever aux aurores commençant à laisser quelques traces dans les corps et dans les esprits …

Dimanche 1er mai :

On voyait le ciel s’assombrir au loin hier soir, c’est confirmé ce matin, le ciel est gris-noir et l’orage nous guête en cours de route … Il ne faudra pas attendre bien longtemps pour que nous allions nous engouffrer dedans et c’est sous un véritable déluge que nous quitterons La Nouvelle Orleans par l’Interstate-10 pour partir en direction de Baton Rouge puis d’Atchafalaya Basin où nous ferons traditionnellement une halte à Henderson pour y saluer les innombrables chats qui s’agglutinent à proximité du Pat’s Fisherman’s Wharf, signe s’il en faut que le poisson y est gouteux et servi à profusion, tant aux clients qu’aux greffiers qui hantent les lieux. On pousse encore un peu plus loin vers le Pontoon Bridge de Butte La Rose et là, surprise, ce pont aussi magnifique que branlant et atypique a tout simplement été enlevé pour être, on le souhaite, restauré à l’identique.

C’est donc la mort dans l’âme que l’on retraverse le bayou en sens inverse pour rejoindre là encore Baton Rouge et filer vers Natchez où, tradition oblige, nous irons déjeuner chez Fat Mama’s Tamales, un endroit aux couleurs vives et aux saveurs épicées où nous nous régalons à chacune de nos visites. Pas étonnant que la presse du monde entier évoque ce restaurant qui ne paie pas de mine mais où il fait bon faire une pause avant de descendre tremper ses mains dans le fleuve sur les rives du Big Muddy où un autre restaurant, le Magnolia Grill, a commencé à nous faire de l’œil avec ses spécialités de fruits de mer en prévision d’une prochaine halte dans la ville. Un dernier regard sur les maisons antebellum, un des gros points d’intérêt de Natchez, et il ne nous restera plus qu’à filer vers Vicksburg où, dimanche oblige, il n’y a pas de musique live à aller écouter … Soirée détente en perspective donc, mais c’est plutôt bienvenu après une longue journée passée à rouler sur la Highway 61 !     

Lundi 2 mai :

Après un rapide petit-déjeuner à Vicksburg, on quitte la ville pour prendre la direction de Clarksdale avec au programme quelques haltes, la première d’entre elles étant prévue à Rolling Fork, la ville natale de Muddy Waters, où l’on trouve un marker commémorant l’événement mais aussi une reconstitution de la maison de son enfance avec un front porch mais aussi un diddley bow sur lequel on imagine qu’il a joué ses premières notes. Non loin de là, on remarque Lee's Cotton Picker Art Gallery, un endroit tenu par un vétéran qui réalise des statues à partir de vieux bouts de machines à ramasser le coton et autres pièces métalliques, un personnage attachant avec lequel nous discuterons un moment avant de poursuivre vers Greenville, non sans avoir remarqué dans Rolling Fork les nombreuses fresques murales et les statues en bois représentant de jeunes ours.

L’arrivée à Greenville impressionne avec ce faux air de ville abandonnée où la plupart des magasins sont en cours de perdition ou déjà définitivement fermés. Sur Martin Luther King Avenue, une cohorte de voitures de police s’affaire à arrêter un jeune noir qui tentait d’échapper aux forces de l’ordre, la vision a quelque chose de dantesque … Nous partons à la recherche de Mason Street, la rue animée et particulièrement mal famée à la grande époque des bluesmen de légende, et si elle a perdu pas mal de ses clubs, il n’en reste pas moins quelques vieux souvenirs que nous immortalisons en prenant garde à quelques locaux visiblement sous crack qui nous regardent avec un sale œil, probablement dérangés par notre passage pourtant discret dans la rue …

On remonte maintenant vers Cleveland et Dockery Farms pour y revoir cette grande plantation où le blues a probablement vu le jour sous l’influence d’un certain Charley Patton et on remarque que la musique qui donne un certain cachet au lieu a une nouvelle fois cessé d’être présente dans cet immense site en plein air. Un tour dans le coton gin, un autre près de la station-service, et nous voilà rapidement repartis en direction de Clarksdale avec un traditionnel arrêt du côté de Merigold pour prendre connaissance de l’état de délabrement du Po’ Monkey’s qui, en plus de se désagréger petit à petit, empeste désormais la charogne sur quelques mètres aux alentours … Triste fin pour ce qui fut jadis un club majeur de la région !       

Une innovation cette année avec la recherche du Wonder Light City, le club du guitariste et pianiste Robert ‘Bilbo’ Walker qui l’aura finalement achevé en avril 2017 avant de décéder quelques mois plus tard. Désormais à l’abandon, le club est en perdition et subira un jour le même sort que son aïeul Po’ Monkey’s, mais pour l’heure, on peut encore s’en approcher en faisant un peu de gymkhana et entrevoir les souvenirs de sa brève mais intense splendeur et notamment une des scènes qui accueillait les artistes à l’extérieur du club. Un petit pincement au cœur quand même en voyant les camping-cars et autres véhicules qui pourrissent dans ce qui fut autrefois le chemin d’accès au club, mais là aussi on note que la paupérisation des musiciens et des spectateurs conduit à ce genre de situation en tous points regrettable.  

Quelques poignées de minutes suffisent maintenant à nous amener à Clarksdale où nous nous arrêtons au Abe’s BBQ pour déguster ses fameux ribs et jeter un œil sur le non moins fameux Crossroads qui n’en finit plus pour sa part d’attirer le chaland. Un tour en ville nous emmènera jusque chez Cat Head pour acheter quelques albums, t-shirts et autres goodies et pour saluer l’ami Roger Stolle, puis chez Deak Harp, célèbre musicien et préparateur/réparateur d’harmonicas, qui nous gratifiera de quelques morceaux en solo avant que nous ne partions pour le Shack Up Inn prendre nos quartiers pour deux nuitées sur place … Clarksdale étant une ville où il y a de la musique chaque jour, il ne nous restera plus ensuite qu’à nous mettre en quête du ou des concerts du soir ! 

L’animation musicale du jour se limite à un concert sur la terrasse du Blues Berry Café et c’est un groupe que nous avions déjà pu apprécier en novembre dernier que nous retrouvons, Mississippi Marshall, avec un grand père au chant et à la guitare et son petit-fils de dix-sept ans à la basse. Plein de finesse et d’élégance, les deux musiciens vont nous emmener durant deux heures sur la route de leurs propres compositions mais aussi sur celles de reprises très originales et fort bien interprétées de titres empruntés à des gens comme Muddy Waters, Sam Cooke, Robert Johnson, ZZ Top, Ray Charles et nombre d’autres encore. Les amateurs de blues auront en outre la chance de remarquer de temps à autres Watermelon Slim qui vient poser un harmonica sur les notes de ses amis mais qui s’attache aussi à donner un coup de main au service quand le besoin s’en fait sentir.

L’assistance est venue en nombre ce soir et ce sera l’occasion pour nous de passer une partie de la soirée avec les deux formations qui représenteront la France à l’International, The Wacky Jugs qui concourront sous les couleurs de France Blues et La Bedoune qui représentera Toulouse Blues Society. On en reparlera bien entendu dans quelques jours …

Mardi 3 mai :

C’est une belle journée et calme journée qui nous attend aujourd’hui avec pour commencer un passage à Tutwiler ou trône fièrement le marker dédié à W.C. Handy mais où l’on remarque aussi les fameuses fresques murales de la gare et notamment celle où John ‘Alabama’ Lowe joue sur sa guitare avec un couteau en guise de bottleneck, parvenant à émouvoir le même W.C. Handy qui gardera le souvenir de cette journée et de cette musique plaintive durant toute son existence. Sur la même série de fresques, on trouve celle dédiée à Alec Miller alias Sonny Boy Williamson avec un plan sommaire pour se rendre à sa tombe, ce que nous ferons bien évidemment avant de poursuivre la route pour Indianola en passant devant le pénitencier de Parchman.

Il est maintenant l’heure de visiter le BB King Blues Museum où les dernières touches ont été mises à l’extension avec toujours les deux voitures et le tour-bus de l’artiste mais aussi avec de nouvelles bornes interactives très bien faites et surtout très intéressantes. La visite, enrichie de ces nouvelles additions, se terminera bien évidemment par un moment de recueillement sur la dernière demeure du King of Blues et par la traditionnelle photo souvenir aux côtés de la statue en bronze d’un B.B. King qui semble pensif et détendu. Nous profiterons du passage par Indianola pour aller jeter un œil sur le Club Ebony, actuellement fermé pour travaux, en espérant très vite pouvoir y retourner pour assister à un concert, un moment toujours très impressionnant dans cet endroit mythique.   

Nous décidons de rentrer vers Clarksdale en faisant un détour par Greenwood où nous ferons un arrêt rapide auprès de la tombe de Robert Johnson mais où nous nous arrêterons aussi un instant auprès d’un nouveau complexe, Tallahatchie Flats, qui n’est pas sans rappeler le Shack Up Inn et qui pourrait bien accueillir à terme une de nos prochaines virées « En Terre De Blues » tant l’endroit semble calme et accueillant. La proximité de la rivière est un plus pour les amateurs de pêche à la ligne qui trouveraient en prime une occasion de décompresser un moment pour éviter l’overdose de blues, du moins pour les moins accros d’entre nous … En quittant les lieux, nous passons inévitablement devant la funeste Bryant Grocery où le marker qui commémore l’assassinat du jeune Emmett Till a été remis en place, un véritable pied de nez aux imbéciles qui à plusieurs reprises l’ont détruit.

On continue à suivre les traces d’Emmett Till en remontant vers Glendora où nous partons à la découverte du musée qui lui est dédié mais où il est également grandement question des droits de l’homme aux Etats Unis en général et en particulier dans la région. Petit mais bien documenté, E.T.I.C (pour Emmett Till Interpretive Center) s’efforce d’effectuer un travail de mémoire pour que ce genre d’infamie ne se reproduise plus et c’est un endroit qui mérite absolument un détour. Un coup d’œil sur le marker de Sonny Boy Williamson à la sortie du musée et c’est en allant se recueillir, non sans difficulté car l’endroit est envahi par les ronces et les animaux sauvages, auprès du Black Bayou Bridge depuis lequel le cadavre du jeune gamin de quinze ans a été jeté par les salauds qui l’ont lâchement torturé puis assassiné, que nous finirons ces quelques heures passées autour d’une des pages les plus sombres de l’histoire de l’Amérique.

Il est temps de regagner le Shack Up Inn en faisant un arrêt du côté de Dubin pour y admirer les cyprès chauves qui poussent au beau milieu d’un bayou poissonneux où les locaux pêchent la carpe et le catfish, un moment bien sympathique avant de retrouver l’ambiance bric à brac un peu déjantée de notre home sweet home du soir posé en plein milieu des champs de coton et au bord d’une voie ferrée délabrée. Il sera alors temps de prendre un peu de repos en attendant de trouver un concert pour ce soir, ce qui ne devrait pas être trop compliqué puisque Clarksdale propose de la musique live 365 jours par an ! 

Un diner un peu tardif et une fatigue légitime finiront de nous convaincre de renoncer à la jam proposée par Rae Gordon chez Hambone, un mal pour un bien qui nous permettra d’aborder sereinement et en pleine forme la grosse semaine d’International Blues Challenge qui s’ouvre demain à Memphis …

Mercredi 4 mai :

Il faut maintenant prendre la direction de Memphis mais avant de quitter Clarksdale, nous décidons d’aller faire un tour vers ce que d’aucuns considèrent comme étant le véritable Crossroads, celui où Robert Johnson aurait vendu son âme au diable, sur l’ancienne Route 69, a quelques mètres d’une voie ferrée en tellement mauvais état que les trains de marchandises y roulent au pas. Pas grand-chose à y voir, si ce n’est pour la carte postale, nous filons donc faire un dernier tour en ville pour y chercher les nouvelles fresques et revoir les anciennes, pour y prendre aussi quelques bouffées de cette atmosphère blues que nous retrouverons ici même dans à peine plus d’un mois puisque le retour en Terre de Blues est déjà planifié pour les derniers jours du printemps … Pour paraphraser les Tontons Flingueurs, on pourrait aisément dire qu’on ne devrait jamais quitter Clarksdale !

Nous prenons la décision de passer faire un rapide tour en Arkansas pour rejoindre Helena, la ville du fameux King Biscuit Festival qui a été un endroit apprécié par des artistes comme Robert Johnson, Pinetop Perkins et Sonny Boy Williamson qui y a vécu un certain temps. Avec ses allures de ville fantôme, Helena n’a pas grand-chose pour attirer le touriste en dehors de la saison du festival, ses boutiques fermées et ses bâtiments effondrés n’inspirant que très peu la confiance. Nous irons quand même faire un tour sur le Levee Walk et jeter un œil distrait sur le fleuve, très industrialisé à cet endroit, et immortaliser quelques fresques qui n’ont plus changé depuis des lustres.

C’est au très fameux Hollywood Café à Robinsonville que nous ferons étape pour déjeuner, un endroit au glorieux passé qui a vu passer nombre de grands bluesmen et que Marc Cohn a cité dans son tube « Walking In Memphis », pour le plus grand bonheur des propriétaires de l’établissement qui voient désormais quelques touristes débarquer. Resté fidèle à sa tradition, l’établissement propose une belle carte de soul food avec son lot de catfish, de ribs et de burgers mais aussi avec des pickles frits, des beignets de tomates vertes ou de gombos et tout un tas d’accompagnements qui ne demandent qu’à être dégustés. Malheureusement fermé lors de nos dernières visites, c’est avec un plaisir non feint que nous retrouvons non seulement l’endroit et sa cuisine mais aussi son personnel très attentionné. Une de nos plus belles adresses de soul food avec le Four Ways Restaurant à Memphis !

Il est temps de reprendre la route pour aller s’installer dans le Berceau du Blues pour une semaine de retrouvailles avec Beale Street est les belles animations que nous propose la Blues Foundation, mais avant de reprendre la Highway 61, nous faisons un traditionnel arrêt à la Gateway To The Blues qui, outre un Visitors Center très bien documenté, propose un petit musée du Blues très intéressant à visiter. Memphis nous tend les bras et nous ne sommes pas décidés à renoncer à ses charmes !   

Pas de sortie ce soir car nous devons gérer la distribution des chambres et la récupération des derniers arrivants à l’aéroport avant de profiter d’un repos bien mérité … Qui veut voyager loin ménage sa monture, on ne le dira jamais assez !

Jeudi 5 mai :

La journée promet d’être longue avec ce soir la cérémonie des Blues Music Awards, c’est donc un tour tranquille que nous programmons ce matin avec un premier passage par le Sun Studio où nous renonçons à la visite en raison du débarquement massif d’un bus d’Étasuniens bruyants au possible … Nous glisserons donc tranquillement vers le Motel Lorraine pour une visites en extérieur et par la Blues Foundation où nous admirons l’exposition photo de Jérôme Brunet, photographe né dans le Sud de la France, nous réservant des passages plus approfondis dans ces lieux pour le reste de la semaine.

Nous ne renoncerons pas en revanche à un arrêt à la très touchante I Am A Man Plazza située juste à côté de Clayborn Temple, un des derniers endroits que Martin Luther King aura eu l’occasion de fouler avant d’être atteint par la balle mortelle qui lui ôtera la vie. Il sera ensuite temps de gagner le Blues City Café pour y prendre un repas avec la délégation française quasiment au grand complet puisque les Wacky Jugs et La Bedoune se retrouveront pour la première fois à la même table pour un repas plein de convivialité, de bonne humeur et de complicité. Chacun vaquera ensuite librement à ses occupations et sous la menace d’un gros orage en attendant un des grands moments de la semaine, la cérémonie des Blues Music Awards.

Il est quasiment 17 heures quand nous entrons dans le Renasant Convention Center et dès les premiers pas, nous commençons à croiser nombre de VIP que nous retrouverons tout au long de cette soirée de prestige qui récompense traditionnellement les artistes qui ont marqué l’année écoulée. On salue ainsi Jeff Syracuse et Gina Sicilia, Paul Deslauriers et Anika Chambers, Gaye Adegbalola, Trudy Lynn, Chris Barnes, Jimmy Carpenter, Doug MacLeod, Zac Harmon ou encore Trudy Lynn mais aussi des amis très impliqués dans les affaires de la Blues Foundation comme Art Tipaldi, Paul Benjamin, Jostein Forsberg et Peter Astrup venus pour passer un bon moment en bonne compagnie.

Marquée par un son beaucoup trop fort et surtout par des réglages catastrophiques, la soirée ne nous permettra pas de profiter sereinement des prestations délivrées par Kat Riggins, Caroline Wonderland, Vaneese Thomas, Hector Anchando, Trudy Lynn, Zac Harmon, Eden Brent et nombre d’autres encore, mais elle nous offrira toutefois de beaux moments d’émotion avec par exemple la remise de l’Award de l’album révélation de l’année à Rodd Bland dont la Maman, Veuve du grand Bobby ‘Blues’ Bland, partageait la table avec nous, ou encore quand Eric Gales accompagné de sa famille déclarera à sa fille avec qui il a passé trop peu de temps qu’il n’était pas trop tard pour lui de devenir une véritable père. On se souviendra aussi de l prestation de Kenny Neal qui, sur le tard, fera se lever toute la salle pour la faire danser au son des rythmes néoorléanais …     

Voilà encore une grosse journée qui s’achève et il est temps de reprendre un peu de forces en attendant le début de l’International Blues Challenge demain après-midi …     

Vendredi 6 mai :

C’est aujourd’hui que commence officiellement l’International Blues Challenge et dès la fin de la matinée, Beale Street ressemble à une ruche dans laquelle les musiciens viennent confirmer leur inscription, retirer leur badges et prendre connaissance de leurs lieux et heures de passage pour ce soir et demain soir. Nous aurons donc la chance de retrouver ce soir trois formations hexagonales avec pour commencer Les Wacky Jugs présentés par France Blues qui ouvriront la soirée à 18 heures 30 au Rum Boogie Café où la concurrence sera rude puisque Lil’ Red & The Rooster se produiront à 21 heures 25 sous les couleurs de Columbus Blues Alliance avant que le duo caussadais La Bedoune représentant Toulouse Blues Society ne referme les portes du Wet Willies à partir de 22 heures …

La pluie qui tombe par averses soudaines sur Memphis n’incitant pas à la flânerie, nous profiterons des quelques éclaircies pour faire un tour rapide en voiture dans les faubourgs de la ville à la recherche de quelques curiosités à mettre sous l’objectif de nos appareils photos avec notamment une collection de fresques qui n’en finit plus de s’agrandir au fil des ans, signe que le street art est un phénomène bien ancré dans la culture américaine. Il sera temps ensuite de laisser la pression retomber avant de se jeter tête baissée dans un grand bain qui s’annonce exceptionnel tant chacun semble enchanté de retrouver la grand-messe annuelle du blues après une année de suspension, voire même un peu plus puisque l’International Blues Challenge a pris cette année quatre mois de retard.  

Nous serons en place au Rum Boogie Café bien en avance pour la première prestation des Wacky Jugs mais le retard de deux des membres du jury entrainera un report du début de la soirée alors que les musiciens bretons sont déjà sur la scène à attendre le top … Pas de panique, le technicien son en profitera pour peaufiner sa balance pendant que le groupe fait discrètement tourner le riff de « La Danse des Canards », ce qui amuse beaucoup le public américain qui découvre ce tube intemporel revu et corrigé à la sauce maison. Mais une fois parti, le show Wacky Jugs sera particulièrement bien en place avec un frontman d’ascendance britannique  qui s’adresse à la foule dans un Anglais parfait et qui emmène son groupe dans une prestation énorme où les compositions se mélangent à une reprise du Memphis Jug Band, « Fourth Street Mess Around », qui ne passera pas inaperçue auprès d’un public surpris, mais définitivement conquis. Le groupe présenté par France Blues aura frappé fort d’entrée de jeu et ce n’est pas pour nous déplaire !    

Nous resterons un moment au Rum Boogie Café pour assister à la prestation un peu brouillonne du Menza Madison Band et surtout à celle des jeunes Coréens de Richiman & Groove Nice mais nous partirons ensuite vers le Wet Willies sans pouvoir attendre le passage de Lil’ Red & The Rooster qui va se chevaucher avec celle de La Bedoune. Le temple du granite qu’est le Wet Willies nous réservera deux surprises, une un peu décalée avec Nabraska Jr., un extraterrestre aux qualités discutables, et une bien plus engageante avec Johnny Riley qui nous offrira un set plein de charme en solo.

La Bedoune entre enfin en scène et vient nous offrir un set plein de malice et de saveur avec des titres en Anglais bien entendu, mais aussi avec des morceaux en Français qui attirent forcément l’attention d’un public immédiatement sous le charme. Le son est plus que correct et si côté visuel le duo est desservi par quatre néons qui donnent à la scène un faux air de cantine scolaire, les tenues portées par Greg et Cécile apporteront ce soir un petit supplément d’âme à une prestation qui n’en avait certes pas besoin, mais qui ne s’en portera pas plus mal, loin s’en faut. Le jury est visiblement conquis et c’est porté par une délégation francophone et francophile venue en nombre que La Bedoune déroulera un set qui ne laissera personne de marbre, les commentaires des serveurs mais aussi du public plus d’une heure après la fin du concert étant une des meilleures preuves que l’on puisse en avoir.     
        
Nous délaisserons la jam du soir pour aller prendre un peu de repos en prévision d’un second quart de finale qui s’annonce corsé … Demain sera un autre jour !

Samedi 7 mai :

Nous nous accordons un début de matinée détente à discuter dans le hall de l’hôtel avant de partir faire un tour vers Soulsville avec quelques arrêts obligatoires du côté de chez Stax, qui ne fait pas encore le plein à cette heure pré-apéritive, de Royal Studio qui n’accueille pas de session aujourd’hui, ou encore de la maison natale d’Aretha Franklin qui perd petit à petit de sa superbe avec le temps qui passe … Le quartier prend lui aussi une drôle de tournure et si l’endroit n’était déjà pas très sûr autrefois à la tombée de la nuit, il règne aujourd’hui une sorte de climat hostile avec des gens qui s’interpellent avec une certaine véhémence et une véritable agressivité de la part de personnes qui, depuis le passage du covid, sont visiblement passées très en deçà du seuil de la pauvreté. Maisons délabrées, voitures démembrées, jeunes et moins jeunes qui tournent au crack et même de temps à autres une suspicion de prostitution, la crise n’a pas épargné cette partie de l’Amérique et la population n’a pas eu la chance d’être soutenue par les autorités au même niveau que nous l’avons été en Europe.

C’est au Four Way Restaurant que nous ferons une halte pour déjeuner ce midi et là aussi la surprise est au rendez-vous, mais pas forcément dans l’assiette, même si les plats de soul food restent de qualité. Fini le service à table, le refill de la délicieuse lemonade ou de l’excellent sweet tee, on commande désormais à l’entrée et on vous sert dans un contenant en polystyrène, en chargeant directement les 15% de pourboire sur l’addition et en vous priant de débarrasser votre table une fois le repas terminé. Le charme en est forcément diminué et les échanges avec le personnel deviennent totalement inexistants, ce qui est absolument regrettable car nous avions lié ici des relations durables avec les patrons mais aussi avec les serveurs. Nous repartirons donc le ventre plein mais l’âme un peu en peine, en nous disant que le temps où nous attendions avec impatience notre passage dans ce restaurant qui affiche plus de 75 ans d’existence est quelque peu révolu …

En sortant de table, nous décidons de faire un tour par Elmwood Cemetery, le plus vieux cimetière de Memphis, qui se visite en voiture avec un audioguide à 10$ ou un plan à 5$ et qui regorge de tombes plus monumentales les unes que les autres, mais aussi de tombes de soldats confédérés et même de tombes d’esclaves. L’endroit est immense, vert et ombragé et nous y serions presque en pleine quiétude si les trains de marchandises qui passent juste à côté ne faisaient pas hurler leurs klaxons sans discontinuer … On aperçoit un enterrement au loin et on jette un œil attentif à la grandeur de monuments dont certains n’ont rien à envier aux pyramides des pharaons d’Egypte, preuve s’il en fallait que la modestie et l’humilité sont des qualités que beaucoup n’arrivent jamais à acquérir, même au moment de leur décès.

Le temps de recharger les batteries et nous repartons vers Beale Street pour cette seconde soirée dévolue aux quarts de finale de l’International Blues Challenge … On commence par le Rum Boogie Café pour y retrouver Lil’ Red & The Rooster en format quartet qui va essuyer les plâtres et faire monter la pression devant un public déjà nombreux qui ne boude pas son plaisir en découvrant un guitariste virtuose et une chanteuse pleine de finesse, tous deux admirablement soutenus par une section rythmique épatante. Passant du washboard à la guitare rythmique, Jennifer montrera toute l’étendue de son talent sur un lot nourri de compositions bien écrites qui ne manqueront pas de faire mouche auprès d’une assistance qui boit littéralement ses mots, habilement mis en valeur par la guitare d’un Pascal Fouquet très en forme ce soir encore. Columbus Blues Alliance a eu le nez fin en adoubant une formation de cette qualité, c’est certain !

On rejoint maintenant le Wet Willies où Nebraska Jr. fait son show en attendant que La Bedoune ne vienne lui voler la vedette dès le soundcheck durant lequel Cécile entonnera « La Vie en Rose » a-capella. La prestation sera du même calibre que celle d’hier soir avec un « Mississippi Flowers » très applaudi et surtout avec deux titres en Français qui retourneront instantanément une assistance avide de ce genre de choses. Quelques petits soucis de son ne viendront pas pénaliser outre mesure les représentants de Toulouse Blues Society qui auront une fois encore fait grande impression auprès d’un public moins compact que dans les « gros » clubs, mais essentiellement composé d’amateurs éclairés qui viendront saluer et glisser quelques cartes de visite dans la poche du groupe après le concert. Le job a été fait, et bien fait en plus, et on attend maintenant un verdict qui accordera ou non une place en demi-finale à La Bedoune.         

On retourne au Rum Boogie Café où les Wacky Jugs ne vont pas tarder à monter sur scène et on tire un premier bilan de cette expérience exceptionnelle qu’est l’International Blues Challenge, une manifestation qui permettra une fois encore ce soir à nos fiers Bretons de se positionner sur un échiquier mondial où ils dénotent un peu avec leurs influences venues tout droit des années 30 alors que beaucoup de formations tapent allègrement dans le blues rock ou dans le boogie. Différent de celui d’hier soir, mais quel bonheur, le set des Wacky Jugs souffrira d’une légère baisse d’attention du public sur un morceau un peu complexe mais c’est en mettant le feu sur le final que le quintet emballera le tout et parviendra à conquérir une salle pleine à craquer. La aussi la demi-finale est à portée de main, il ne reste plus qu’a savoir si les juges auront été sensibles à une musique qui sort des sentiers battus mais qui n’est absolument pas hors sujet.

Nous choisirons de diner sur le toit terrasse de chez Alfred’s en attendant la fin de ces seconds quarts de finale puis c’est vers l’hôtel que nous nous dirigerons pour attendre les résultats avec une certaine impatience …
          
Dimanche 8 mai :

Nous avons la bonne surprise de constater au réveil que les deux groupes que nous accompagnons sont qualifiés pour les demi-finales et c’est en fonction de cette qualification que nous préparons le programme de la journée. Exit la traditionnelle messe baptiste sur Tyner Street puisque la cérémonie de remise des Keeping The Blues Alive Awards a lieu ce matin dans la salle de réception du Sheraton et que c’est un moment à ne pas manquer, d’autant plus quand on en a soi même reçu un dans les années qui précèdent. La réception sera l’occasion de saluer le staff de la Blues Foundation, présent et passé, et de retrouver des connaissances comme Chris Barnes, Jimmy Carpenter mis à l’honneur cette année avec le Big Blues Bender’s Hart Party, ou encore Billy Branch. Cette année, seules neuf personnes et organisations viendront ajouter leur nom à la liste des récipiendaires, ce qui raccourcira quelque peu l’événement précédé par un luncheon assez apprécié des convives.

Pendant ce temps, une partie du groupe partira assister à la fameuse messe du Reverend Al Green à la Full Gospel Tabernacle Church où l’ambiance est toujours excellente, quand bien même l’office affiche un côté un peu touristique avec beaucoup de personnes venues pour entendre la légende de la soul chanter. De plus en plus présent dans son église depuis qu’il ne court plus les routes, Al Green donnera de la voix sur deux morceaux et comblera ses fans avec une prestation toujours aussi intense, et même si le poids des ans commence à peser sur le fameux révérend, il n’en reste pas moins un monstre sacré qui n’a rien perdu de son talent et de sa superbe !

L’heure est au repos avant de repartir dans le grand bain de Beale Street où les Français se produisent tard ce soir mais on profite aussi de notre passage pour aller assister aux prestations de nos voisins européens et en particulier à celle de Muddy What? dont votre serviteur avait participé à la sélection en octobre dernier à Eutin lors du German Blues Challenge organisé par nos amis de Blues Baltica. Toujours aussi virtuoses, les Allemands laisseront forcément leur empreinte sur les murs d’un Blues City Café qui qui vibre à l’unisson  d’un groupe qui a bons arguments pour convaincre.

Le temps de laisser passer quelques groupes et c’est maintenant les Wacky Jugs qui laissent le bon temps rouler avec une musique toujours aussi croustillante, Jack Titley et consorts n’en finissant plus de mettre à l’honneur leurs propres compositions bien entendu, mais aussi en fin de set une reprise de Sleepy John Estes. Parvenus à se mettre le public dans la poche avec une musique qui dénote, les autres concurrents évoluant dans un blues rock électrique souvent assez convenu, les Bretons mettront la barre très haute tout en gagnant l’estime et la sympathie des autres candidats qui ne s’attendaient pas, pour la plupart d’entre eux, à ce genre de prestation à la fois roots, authentique et entrainante. On croise maintenant les doigts pour qu’il y ait une suite à cette brillante prestation !

Le temps de traverser la rue pour rejoindre le King Jerry Lawler’s et on retrouve La Bedoune déjà en scène pour un moment assez singulier puisque le duo doit conjuguer avec un manque évident de matériel et notamment d’ampli pour la basse. Sans se démonter, Cécile et Greg vont nous la jouer très pro et nous offrir un set entièrement remanié tant au niveau des titres qu’au niveau de l’énergie. Visiblement affamé, un des juges dévore son assiette, ce qui ne l’empêche pas de garder l’œil attentif sur une chanteuse magnétique qui n’en finit plus de briller et de joindre le geste à la voix. Dernier groupe de la soirée à se produire dans ce club, le tandem soutenu par Toulouse Blues Society refermera brillamment un plateau relevé qui a vu passer en début de demi-finale l’Allemand Bad Temper Joe, un sérieux candidat pour la finale.

Les réactions sont unanimes et le public que l’on croise dans la rue félicite l’une et l’autre des deux formations françaises en lançant des petits mots sympathiques à leur attention. Pour notre part, il ne nous reste plus qu’à rejoindre notre hôtel où, sur les coups d’une heure du matin, nous recevrons un appel nous informant que les deux groupes se produiront demain sur la scène de l’Orpheum pour une finale qui s’annonce épatante et où l’on retrouvera les jeunes Coréens de Richiman & Groove Nice, seule autre formation non-étasunienne à avoir atteint la finale avec les Français.    

Lundi 9 mai :

Direction l’Orpheum Theatre où nous attend le grand marathon de le finale avec la bonne surprise de se retrouver avec deux groupes qualifiés, ce qui n’est pas rien. On commence donc avec La Bedoune de Toulouse Blues Society / France Blues qui va mettre le feu instantanément avec un set de vingt minutes plein de malice et d’entrain. Cécile détend immédiatement l’atmosphère en envoyant quelques blagues qui ont un effet énorme sur le public et ne perd pas son sang-froid quand la première guitare de Greg connaît quelques soucis de branchement puis lorsqu’il casse une corde sur l’acoustique qu’il a pris en remplacement ! Une attitude vraiment professionnelle qui aura forcément été remarquée par le jury !

Richiman & Groove Nice de Korea Blues Society débarquent avec un gros groove et continuent le travail entamé par les Français en proposant un set très musclé. Les trois musiciens affichent une belle complicité et surtout une parfaite coordination qui confirme qu’ils ne sont pas arrivés en finale par hasard. Excellent communiquant, le chanteur et guitariste joue avec un public qui le lui rend bien. Un bon set qui annonce une finale très relevée !

Charles Tiner Jr. d’Illinois Central Blues Club impose son style en solo au piano et nous livre un set plein de nuances grâce à des programmations qui lui permettent d’improviser un solo de basse par exemple. La voix chaude et colorée est un plus pour cet artiste au talent certain et à la classe naturelle. La qualité est au rendez-vous cette année et ça promet de belles choses sur la scène blues pour les années à venir !

Les Wacky Jugs présentés par France Blues vont une fois encore créer la surprise avec un set aussi intéressant que décalé qui fait un effet bœuf sur une assistance qui apprécie à sa juste valeur une musique à la coloration particulière et à la saveur délicatement vintage. Un bon gros blues à la sauce jug band subtilement relevé aux parfums venus d’Armorique et servi bien chaud à un public de connaisseurs qui ne se trompe pas sur la qualité de ce qu’on lui offre ! On croise les doigts pour que ça passe auprès du jury …

Éric Ramsey de Phoenix Blues Society entre seul en scène avec un résonateur et une guitare et vient proposer ses blues songs sur fond de slide ou d’accords, c’est selon son bon vouloir. Une chanson sur le confinement pour mieux se souvenir de cette période douloureuse et quelques autres teintées d’humour viendront amuser l’assistance, comme cette « Hurricane Woman » de catégorie 4 à laquelle le bluesman fait allusion avec beaucoup de second degré.

TC Carter Band de Piedmont Blues Preservation Society nous sert un premier instrumental hyper bruyant et totalement inaudible avant que l’épouse du guitariste n’attrape le micro pour proposer une soul plus subtile, du moins quand le reste du groupe s’abstient de jouer en remettant tous les voyants dans le rouge. Véritable insulte à la musique, le bruit imposé par TC Carter et son band n’est absolument pas révélateur de ce que le groupe est capable de montrer quand il daigne baisser d’un ton ! Une cover de SRV pour finir de nous abîmer les tympans et ce calvaire sera enfin terminé ! Dommage d’être carrément passé à côté de ça …

Jhett Black de San Angelo Blues Society se présente seul en scène et délivre un blues à la fois sale et puissant, rugueux juste ce qu’il faut et tranché très près de l’os. La voix râpeuse et le résonateur bien gras collent plutôt bien à la peau de ce bluesman aux faux airs de Lucky Luke qui donne tout ce qu’il a en magasin, un peu comme si c’était son dernier concert. Le public apprécie visiblement et Jhett Black déroule soigneusement un show bien réglé et intelligemment dosé ! Si ce n’est pas l’artiste le plus original de la journée, il a au moins l’avantage de faire du bon boulot …

Soul Nite feat. D.K. Harrell de Mississippi Delta Blues Society of Indianola va assez loin dans la ressemblance avec BB King en ajoutant la guitare à la stature et en multipliant les petits phrasés de Lucille inspirés du bluesman le plus connu du monde qui a donné à Indianola ses plus belles heures de gloire. Il n’en reste pas moins qu’il ne suffit pas de ressembler au King of Blues pour lui arriver à la cheville, même si la prestation de D.K. Harrell est de très belle facture et visiblement très appréciée de ses fans venus en nombre qui applaudiront à tout rompre la reprise de « Why I Sing The Blues ».

Dottie Kelly & Darrell Raines de Treasure Coast Blues Society forment un duo attachant dans lequel la première donne de la voix tandis que le second se charge des guitares et des percussions. Un blues classique dans lequel il est question du quotidien, d’alcool, de sexe et de tout ce qui fait que l’on peut avoir envie de chanter le blues, il n’en faut pas plus pour que le duo nous offre une prestation de bonne qualité dans la tradition de celles des blueswomen fantasques d’autrefois. Un genre qui fait encore et toujours recette !

Cros de Phœnix Blues Society est un sextet avec orgue Hammond et saxophone qui distille un blues dans la veine de celui de Chicago, mais sans se cantonner au style et en y ajoutant un trait de West Coast et un autre de Texas blues. Capable de varier les couleurs mais aussi les saveurs avec ses deux guitaristes et avec son chanteur bassiste très énergique, Cros va nous présenter en 20 minutes l’éventail de ses divers talents pour mieux refermer cette finale très réussie.

En attendant les résultats, c’est Jonn Del Toro Richardson qui animera la jam avec à ses côtés le gratin de la scène blues américaine et notamment les anciens participants à l’International Blues Challenge. On retrouve ainsi Ben Rice, Jose Ramirez et nombre d’autres encore auxquels viendront se greffer Kate Rigggins et Dawn Tyler Watson pour un moment très apprécié.

L’heure des résultats tombe enfin et si La Bedoune passe à côté du podium, l’histoire avec un grand H retiendra que les Wacky Jugs sont les premiers Européens à remporter l’International Blues Challenge dans la catégorie reine des « Groupes ». Une superbe satisfaction pour tous ceux qui se sont impliqué dans cette participation ! 

Mardi 10 mai :

C’est avec la boule au ventre que nous abandonnons nos groupes finalistes de l’International Blues Challenge qui rentrent pour les uns vers Brest, pour les autres vers Toulouse, et nous prenons cette fois la direction de Brownsville où nous attend le West Tennessee Delta Heritage Center avec non seulement ses différents musées dédiés à la musique, au coton ou encore à la nature, mais aussi ses deux souvenirs superbement reconstitués, la maison plus que modeste de Sleepy John Estes et l’école où la jeune Tina Turner a fait ses premiers apprentissages. Sobre et très discret, l’endroit est gratuit d’accès et présente une collection intéressante où la Tigresse est bien évidemment mise à l’honneur, mais où c’est surtout toute la région qui souhaite se faire connaitre des touristes, et il faut dire qu’elle le vaut bien. Accueilli par des hôtesses fort sympathiques, le visiteur se laisse guider pour un arrêt qui finalement est toujours bien plus long que ce qui était prévu …

La suite de l’aventure doit maintenant nous entrainer vers Lynchburg avec quelques haltes en cours de route, mais c’est sans compter sur les nouvelles technologies automobiles qui diagnostiqueront un frein de parking déficient sur notre Ford Edge, au demeurant superbe, et qui nous permettront de visiter toutes les agences Hertz du Tennessee pour finalement réussir à changer de véhicule à Nashville, que nous regardons depuis les embouteillages, et finalement récupérer une Chevrolet Equinox qui nous conduira à bon port après plus de deux cents miles passés à entendre une « sonnerie d’avertissement » qui réussirait presque à nous faire préférer … (compléter au choix avec Jul, Stromae, Michel Sardou …)

C’est donc sur le tard que nous arrivons à Lynchburg pour y passer la nuit, non sans avoir pris le temps de faire une halte rapide au Barrel Shop où les goodies sont toujours vendus à un pris aussi exorbitant. Il ne nous restera plus qu’à essayer de nous rendre à la distillerie demain dès la première heure pour foncer ensuite vers Birmingham, Alabama, qui ne manquera pas de nous offrir de nouvelles découvertes plus que prometteuses.

Ceux qui connaissent le El Costal Mexican Restaurant & Grill à Tullahoma et ses portions généreuses auront compris qu’il ne faudra pas nous bercer bien longtemps ce soir pour que nous prenions enfin le repos que nous attendons depuis une semaine intense passée à Memphis.           

Mercredi 11 mai :

La matinée commence par ce que nous aurions dû faire hier soir, c’est-à-dire un passage à la distillerie de Lynchburg, mais comme il est un peu tôt et que nous avons de la route à faire ensuite, nous renonçons à faire le Angel Share’s Tour avec son grand tour des installations de Jack Daniel’s et la dégustation de six sortes de Tennessee Whiskey à la fin de la visite. Prudents, nous nous nous contenterons de faire un tour dans l’exposition des anciennes bouteilles et autres objets collectors, et bien entendu de faire un passage au White Rabbit Bottle Shop pour revenir à la maison avec quelques pièces collector. La chaleur commence à taper fort dès 9 heures ce matin et l’employé qui surveille les entrées au parking des Tennessee Squire a les bras couverts de crème solaire, signe que ça va cogner fort toute la journée … Pour notre part, nous saluons définitivement le Tennessee et prenons la route en direction de l’Alabama voisin !

Les presque trois heures de route vers Birmingham s’avalent relativement bien avec leur lot de tatous morts sur le bord de la route mais aussi avec quelques travailleurs qui élaguent les arbres à grands coups de disqueuse, des rangers qui surveillent la circulation et même des voitures qui ont raté leur trajectoire pour se retrouver dans le fossé. On aperçoit chemin faisant les fusées du centre aéronautique de Huntsville et on se retrouve finalement à déjeuner dans un drôle de restaurant, le Seafood King Lakeshore, qui propose un menu cajun avec moult crevettes, pattes de crabe des neiges, saucisse fumée, etc., le tout soigneusement épicé et particulièrement goûteux !

Si le passé de l’Alabama est ponctué d’entorses graves aux droits civiques, cet état du Sud essaie aujourd’hui de s’acheter une conduite et ça semble payer … On se dirige donc vers le centre-ville où nous tendent les bras des lieux importants comme le Kelly Ingram Park cet bien entendu le Birmingham Civil Rights Institute que nous visiterons forcément. Si le Kelly Ingram Park est fréquenté par des locaux qui viennent nous voir pour chercher le pourboire et nous raconter les histoires liées à l’endroit, souvent intéressantes et bien documentées d’ailleurs, le personnel du Civil Rights Institute est particulièrement avenant et nous pose tout un tas de question avant de nous laisser le loisir de découvrir des tableaux reconstituant les hauts et les bas de la cohabitation des Noirs et des Blancs dans l’Alabama. Une visite passionnante qui a elle seule mérite un détour !

La douzaine de jours intense que nous venons de vivre a quelque peu marqué les esprits et nous décidons donc de nous accorder une petite soirée de break en attendant de reprendre la route demain matin vers Jackson, Mississippi, qui sera l’avant dernière étape du voyage.    

Jeudi 12 mai :

C’est à la première heure que nous prenons la route avec un temps de conduite estimé à quatre heures environ, sans les visites, et nous traversons Tuscaloosa sans un arrêt pour finalement quitter l’Alabama et rejoindre le Mississippi et saluer le personnel du Lauderdale County Welcome Center à Toomsuba qui nous donnera plein de renseignements utiles et un tote bag rempli de petits cadeaux en échange de quelques leçons basiques de Français. Toujours très avenantes, les hôtesses des différents Visitors Center sont traditionnellement enchantées de recevoir des étrangers et en particulier des Européens, surtout quand ils font la démarche de les saluer et de tendre l’oreille pour comprendre leur accent parfois un peu compliqué à déchiffrer. C’est aussi ce qui fait le charme du Deep South !

Nous ferons une nouvelle étape à Meridian pour y découvrir les deux markers érigés à la mémoire de Jimmie Rodgers, pas celui qui s’est illustré aux côtés de Muddy Waters et qui nous a quittés il y a un quart de siècle environ mais celui qui est considéré comme le père de la country music, devenu célèbre dans les années 20, notamment pour son yodeling rythmique. Décédé à New York en 1933 à l’âge de 35 ans, le musicien natif de Meridian y repose désormais aux côtés de celle qui fut sa deuxième épouse et qui est décédée près de trois décennies après lui.

L’Interstate 20 est certes un axe pratique pour traverser le pays, mais on s’y ennuie très vite, et nous décidons donc de prendre les petites routes pour rejoindre Jackson en traversant tout d’abord Forest où nous nous poserons un instant à côté du marker dédié à Arthur Big Boy Crudup à qui Elvis Presley doit son tube « That’s Alright Mama » mais aussi quelques autres, puis où nous déjeunerons dans un buffet traditionnel, The Garden Patch, qui sert une soul food à volonté sur fond de sweet tea pas désagréable du tout. Fréquenté par les locaux, qu’ils soient Noirs ou Blancs, l’endroit est tenu par trois dames fort sympathiques et bien dodues qui ne manqueront pas de s’extasier en apprenant que nous venons de France. On poursuivra ensuite la route pour Jackson par Pelahatchie avec un arrêt rapide auprès du marker de Rubin Lacy pour la photo souvenir !

En arrivant dans la capitale du Mississippi, nous faisons un détour par l’artère qui a été renommée Bobby Rush Boulevard en janvier dernier, mais si le changement devait être effectif un mois plus tard, force est de constater que la rue est encore marquée à chaque croisement par le panneau Ellis Avenue … Si l’on a l’habitude de constater que tout est long à se faire dans le Sud, nous regretterons quand même de ne pas avoir pu voir la nouvelle signalétique dès ce voyage. Nous filons donc déposer les bagages au Hampton Inn sur Greymont Avenue, un endroit idéalement placé pour pouvoir se rendre rapidement au Mississippi Civil Rights Museum mais aussi dans des clubs comme le célèbre Hal & Mal’s ou encore au pub Martin’s Downtown juste en face …

Pour nous passer le temps, nous irons faire un tour sur Farish Street et aux fameux Queen Of Hearts qui fonctionne toujours, même si la façade et le quartier ne sont pas de nature à rassurer les visiteurs, et nous échouons tout naturellement au Hal & Mal’s, récipiendaire d’un Keeping The Blues Alive en janvier 2020, où nous dinerons en écoutant le D’lo Trio qui se produit en quartet, drôle d’idée pour un trio, et qui nous proposera un country-folk pas désagréable du tout, avec violon et mandoline et avec en prime une version du « In The Jailhouse Now » de Jimmie Rodgers à qui nous avons rendu hommage ce matin … C’est ce que l’on appelle boucler la boucle en beauté !

Les soirées se terminant vers 21 heures, nous rentrerons sagement à l’hôtel en attendant une dernière journée de route de près de quatre heures … Les miles sont un produit qui se consomme autant que le poulet frit et le soda aux Etats Unis, et il ne faut pas craindre d’abuser des premiers si l’on veut profiter d’un voyage pour voir du pays !
       
Vendredi 13 mai :

A l’heure où la plupart de nos compatriotes se ruent chez les buralistes pour gratter un billet ou valider une grille, nous choisissons pour notre part d’aller visiter les deux grands musées de Jackson, Le Mississippi Civil Rights Museum et le Museum of Mississippi History qui ont le mérite d’offrir une entrée combinée à 15$ pour une panel d’expositions qui demanderait toute la journée si l’on voulait totalement l’exploiter. Superbement documentés, les deux musées ne sombrent pas dans le pathos mais présentent les choses telles qu’elles ont longtemps été dans cet état qui est le plus pauvre des Etats Unis et qui a longtemps oublié de ratifier le 13ème amendement concernant l’abolition de l’esclavage pour finalement le faire le 7 février 2013, il y a moins de dix ans.

Ponctué de films documentaires très forts, le Civil Rights Museum ne manque pas de rappeler le nombre de personnes lynchées pour des raisons plus ou moins obscures, les disparitions étranges ou encore les jugements iniques rendus après des affaires plus qu’immondes comme l’assassinat d’Emmett Till dont nous avons déjà parlé au début de notre voyage. Le Museum of Mississippi History met pour sa part l’accent sur l’arrivée des Européens qui ont peu à peu remplacé les peuples natifs et qui ont apporté leur lot d’esclaves venus d’Afrique, contribuant par la même occasion à un grand changement au niveau de la population. On soulignera enfin une section consacrée aux guerres internes et externes auxquelles les forces américaines et en particulier celles du Mississippi ont été associées, Vietnam, Iraq, Corée et seconde guerre mondiale incluses.

Il nous faut désormais rejoindre La Nouvelle Orléans mais nous choisissons de le faire par la route la moins directe, celle qui passe par Hattiesburg où nous ferons un arrêt pour découvrir les deux markers de la Mississippi Blues Trail que compte la ville, le Roots Of Rock And Roll dédié aux frères Roosevelt et Uaroy Graves et à Cooney Vaughan mais aussi celui qui met à l’honneur le Hi-Hat Club, aujourd’hui disparu et à côte duquel on trouve désormais le CP Lounge. Grosse bourgade tranquille traversée par la Route 49, Hattiesburg réserve son lot de surprises avec, par exemple, lorsque vous y faites le plein, la rencontre avec le beau-père d’un des membres des Kings Of Leon … Quand on vous dit que la musique est partout présente quand on fait l’effort de parler un instant avec les gens !  

Nous faisons maintenant notre entrée en Louisiane avec un passage par le Visitor’s Center qui nous offre un joli stickers et nous descendons vers Irish Bayou reconnaissable à son château médiéval posé en bord de route et vers Bayou Sauvage où les maisons de pêcheurs sont plus surprenantes les unes que les autres. On regrettera juste que les axes secondaires soient transformés en décharge sauvage à ciel ouvert mais on appréciera le côté authentique de cette route peu fréquentée qui nous ramène vers Chef Menteur Highway et vers Gentilly où nous passerons notre dernière nuit avant le retour en France.

Un dernier diner au Cajun Seafood, notre cantine néoorléanaise préférée, avec cette fois au menu gumbo, saucisse et crawfish boudin, et il sera temps de rentrer vers l’hôtel pour boucler les valises. On a beau avoir l’habitude de traverser cette Terre de Blues avec laquelle nous sommes devenus familiers au fil des années, cette dernière nous réserve à chaque fois des surprises, des joies, des peines aussi, et c’est toujours un déchirement que de devoir la quitter … Par chance nous y serons de retour dans un mois tout juste pour de nouvelles rencontres, de nouvelles surprise. C’est donc juste un au-revoir très simple qui marque notre départ aujourd’hui ! Et c’est le cœur plein de joie que l’on repense à nos deux superbes concurrents à l’International Blues Challenge 2022, La Bedoune finaliste en catégorie « Solo/Duo » et The Wacky Jugs, gagnants dans la catégorie « Groupes » …

Fred Delforge – mai 2022